May 23, 2026
Brahmacharya et le pouvoir que le sexe a sur nos vies
(Réflexion d’une célibataire sur le monde des sites de rencontres – 3ème Partie)
Cher lecteur, je sais que j'ai déjà auparavant évoqué mon défi Brahmacharya dans quelques articles précédents. Mais laissez-moi vous révéler quelque chose qui mettra tout en perspective : ma pratique de Brahmacharya était une arnaque.
Avant que vous ne disiez "Quoi ?!" "Je le savais !" "Elle est une imposteure !" "Allons la brûler sur un bûcher !" Permettez-moi de présenter ma défense en quelques mots.
J'ai commencé le défi Brahmacharya avant d’explorer en profondeur la philosophie du yoga. À cette époque, je suivais ma première formation d'instructeur de yoga, à San Diego, dans le cadre idyllique de la Californie. J'ai rapidement rassemblé des informations sur le sujet de Brahmacharya et parce que je rencontrais des problèmes avec les hommes, j'ai pensé qu'en prenant un vœu formel de célibat, ce serait une façon appropriée de les résoudre une bonne fois pour toutes.
Pour moi, renoncer au sexe ne pouvait pas être difficile car j’étais convaincue que j'avais connu suffisamment de relations charnelles pour toute une vie. Pardonnez-moi, Seigneur, car j'étais une pécheresse.
Le sexe est et reste l'un des désirs les plus puissants des êtres humains. De plus, avec l'avènement d'Internet, le sexe a littéralement inondé nos vies, en en faisant une commodité facilement accessible. Par conséquent, l'idée même de contrôler nos désirs sexuels est devenue inatteignable, pour ne pas dire obsolète ou ridicule. Et me voilà, prenant l'engagement ferme de me distancer de la sexualité.
Au début, tout allait bien.
J'ai progressivement relevé le défi sur Tinder, me détournant résolument de mes pulsions sexuelles. Je me testais, vérifiant si mon état de célibat mental pouvait être maintenu même en étant confrontée à une (sérieuse) tentation. Je veux dire, Les draps en satin sont très romantiques. Mais que se passe-t-il quand on n'est pas dans un lit ? Je me débrouillais beaucoup mieux seule (Messieurs, cette phrase n'a en aucun cas une connotation sexuelle).
Je me sentais telle une reine sur un trône... Enfin, jusqu'à ce que je saisisse la véritable signification du Brahmacharya.
"Chasteté dans la pensée, la parole et l'action, toujours et en toutes circonstances." C'était la description du Brahmacharya, l'un des concepts les plus puissants dans le domaine de la spiritualité et du yoga, faite par Swami Vivekananda. Permettez-moi de résumer ce qui s'est passé en moi après avoir lu cela, en une seule phrase : "Houston, nous avons un problème."
J'ai compris à ce moment-là que le Brahmacharya ne se réduisait pas au simple célibat. Ce n'était pas non plus une sorte de jeu qui consistait à faire patienter les gens pour un verdict crucial alors qu'ils ne se souciaient que d'une chose : oui ou non ? tu veux ou tu ne veux pas ?
Brahmacharya est une stricte abstinence, non seulement des relations sexuelles, mais aussi de la masturbation, de l'indulgence dans l'imagination érotique, des visions suggestives et des rêveries voluptueuses. Vous n'êtes pas censé avoir des pensées sexuelles envers l'autre sexe ou le même sexe, si telle est votre inclination. Cela signifie également que vous vous abstenez des conversations sexuelles occasionnelles, comme les plaisanteries sexuelles.
Eh bien, laissez-moi vous avouer que cela me semblait un vœu impossible à tenir.
Même si je n'étais pas techniquement impliquée dans des activités sexuelles physiques, mon esprit, en revanche, était libre de vagabonder et avait toute latitude pour dériver. Quand j'étais près d'un homme qui titillait mes sens, je pouvais sembler calme et maîtrisée à l'extérieur, mais un simple toucher pouvait me faire brûler comme un feu de joie à l'intérieur.
Vous imaginez l'image de la bombe nucléaire d'Hiroshima ?
C'est ce qui se passait dans ma tête, faisant exploser et liquéfier la plupart de mes neurones et me laissant avec seulement les cellules cérébrales élémentaires pour fonctionner (Euh, comment je m'appelle déjà ?). Sans parler du fait que si vous me surpreniez à fixer dans le vide, perdue dans le pays des rêveries, c'est certainement parce que mon esprit s’égarait dans des fantasmes candides ou érotiques.
Je pouvais difficilement prétendre à un strict Brahmacharya mental. Ces yogis qui menaient des vies d'ascétisme et de célibat ont brisé mes illusions.
Je croyais atteindre le septième ciel, mais je ne faisais qu'un vain effort.
En outre, j'ai lentement pris conscience de quelques réalités concernant ma pratique et moi-même.
Primo, bien que mon vœu formel initial ait été d'une grande aide et un bouclier sûr contre la tentation et la luxure, je me suis rendue compte que je l'utilisais d'une certaine manière comme une arme redoutable dans ma guérilla contre les hommes et comme une armure protectrice contre la peur d'être blessée.
C'était comme si je marchais avec une blessure ouverte et non cicatrisée, et que je me protégeais avec le Brahmacharya pour empêcher que ce qui m'avait blessée auparavant ne me blesse à nouveau.
Le deuxième moment d'éclairage s'est produit lorsque j'ai compris que j'étais passée d'un extrême à l'autre : d'une libido élevée à une libido "apparemment" chaste et végétative. J'avais étouffé mes désirs parfaitement naturels pour me protéger de mon propre manque de discernement. En réponse à cela, les plaisanteries sexuelles et les doubles sens sont devenus un exutoire pour ma sexualité refoulée. Vous avez peut-être remarqué ça, non ?
On dit que dans la pratique du Brahmacharya, ce qui est recherché est l'élimination de la luxure, mais pas sa suppression ou sa répression.
La suppression ou la répression du désir sexuel n'est pas son éradication.
On ne peut jamais se libérer de ce qui est réprimé ou refoulé.
Car, à un moment donné, les sens qui sont mis sous contrainte pendant plusieurs mois ou plusieurs années se rebellent. Ils se révoltent et vous désarçonnent lorsque des opportunités se présentent...
Certes, j'ai décidé de me couper de l'énergie sexuelle et de pratiquer la chasteté.
Et j'ai pratiqué pendant des années. Oui, pas des mois, des années !
Certes, je ne l'ai pas pratiquée dans sa forme la plus pure et traditionnelle, celle des moines. Et oui, cela a peut-être entraîné une certaine répression sexuelle. Je suis d’ailleurs quasiment sûre que mon désir sexuel est retenu comme un barrage d'eau et que tôt ou tard, si l'occasion se présente, l'eau finira par se déverser.
Mais mon défi Brahmacharya m'a certainement aidé à reprendre le contrôle de ma vie et à établir mes limites personnelles en matière de sexualité. C'était un acte intentionnel d'amour de soi, une pause pour réfléchir et me connaître, et une prière pour atteindre la pureté.
Je crois que, même si nous vivons dans un monde radicalement différent de celui des anciens yogis qui ont énoncé les préceptes originaux de cette discipline, le Brahmacharya a encore sa place bien méritée dans nos vies modernes !
Lorsque j'ai entrepris mon voyage dans le yoga, j'ai décidé de porter une attention particulière à tous les aspects de ma vie, y compris la sexualité.
Aujourd'hui, je considère que la définition la plus proche qui reflète cette aspiration est celle de Judith Hanson Lasater, Ph.D., une physiothérapeute américaine et professeure de yoga : "Ce que signifie le Brahmacharya, c'est une clarté profonde sur l'énergie sexuelle. (...) Avant tout, cela signifie être conscient de sa propre sexualité, être clair sur ses sentiments et ses besoins à chaque instant."
Le Brahmacharya nous demande d'examiner attentivement la relation entre notre vie sur le tapis de yoga et notre vie sous les draps, d'être clair sur les choix sexuels que nous faisons.
Et surtout, de traiter nos corps comme des temples sacrés.