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May 23, 2026

Brahmacharya et Tinder : Est-il possible de vivre sans sexe ?

bramacharya tinder

(Réflexion d’une célibataire sur le monde des sites de rencontres – 1ère partie)

Pendant longtemps, j'ai abhorré le concept des sites de rencontres. J'avais une vingtaine d'années et mon expérience en la matière était sincèrement déplaisante. En vérité, j’étais loin d’être douée pour les rencontres. Je trouvais cela gênant de m'asseoir en face d'un inconnu et de faire semblant d'être à l'aise.

Je voulais juste sauter cette expérience douloureuse et me lancer le plus rapidement possible dans une relation. Mon impatience prenant le dessus m'a poussée à m'attacher, à la vitesse de l’éclair, à quelqu'un qui ne me correspondait pas. Je fais ici preuve d’un subtile euphémisme, car cette approche m'a conduit à atterrir et rester dans une relation toxique.

Au cours de la trentaine, après avoir fui et finalement mis fin à une relation malsaine de quatre ans, je suis retournée à ce que je redoutais le plus et j’ai pris une longue et profonde inspiration avant de plonger, à contrecœur, dans le monde du célibat. La pression sociétale associée au fait de « se caser » avant trente ans était derrière moi. Je n’avais plus rien à perdre. J’ai décidé de donner une chance à ces nouvelles manières de faire des rencontres amoureuses : j’ai téléchargé Tinder.

Permettez-moi de vous dire une chose : je n’avais absolument aucune idée de ce que je faisais là au départ, ni de ce que je recherchais. Si vous ne savez pas ce que vous cherchez, comment pouvez-vous le trouvez ? Dans ce cas, vous pouvez chercher absolument partout. Vous finirez probablement par trouver des choses que vous n’aviez jamais envisagé de chercher !

Alors, au début, comme vous pouvez l’imaginer, j’ai été prise dans la spirale infernale de Tinder, me perdant dans l’obsession du « swipe », rejetant des profils pour des raisons superficielles, et désinstallant puis réinstallant l’application, et ce un nombre incalculable de fois. J’ai également dû faire face à quelques déceptions. Classique.

En fait, c’est probablement parce qu’on trouve la seule chose que l’on désire vraiment, et que peut-on trouver si on ne sait même pas ce qu’on veut trouver ? Ou alors, peut-être que pour trouver quelque chose, on doit arrêter de le chercher. Je ne sais pas si vous arrivez à me suivre sur ce point, parce que je me sens moi-même quelque peu confuse (peut-être un rappel de mes premiers pas sur Tinder).

In fine, Tinder et moi étions dans une relation « je t’aime, moi non plus » (du moins, j’ai pu trouver une relation) jusqu’à ce que je décide de changer entièrement mon approche, aussi bien au sujet des rencontres que des hommes en général.

Pour être honnête, je ne me sentais pas vraiment en phase avec cette culture de la drague, des coups d’un soir et toutes les absurdités qui vont avec. Malgré le fait que Tinder soit réputé pour faciliter les rencontres charnelles sans sentiments ni engagement d’aucune sorte, j’étais d’une certaine manière convaincue qu’il y avait quelque chose de plus à y découvrir.

En outre, je croyais également que si j’étais un être doté de libre arbitre, m’exposant volontairement au monde des rencontres, je pouvais tout aussi bien considérer mon célibat de manière positive et voir mes expériences sur l'application de rencontres sous un nouvel angle. Après tout, j’avais bien choisi de m’y inscrire, n’est-ce pas ? En d'autres termes, si j'étais coincée dans des expériences Tinder cauchemardesques et que je me sentais malheureuse en matière de rencontres, je pouvais simplement choisir d'arrêter et de m'en éloigner. Mais si, pour une raison quelconque, j'y restais, je pouvais choisir de commencer à apprécier le processus et me démener pour tendre vers un résultat positif.

J’ai donc décidé de transformer Tinder et sa superficialité en une pratique spirituelle.

C’est ça. Exactement.

Vous vous demandez probablement comment diantre cela serait possible ; comment ces deux éléments pourraient aller de pair.

Je jure et certifie au nom des lois du Code des Rencontres que ce qui va suivre n’est que la stricte vérité et ne représente rien d’autre que la vérité.

J’ai commencé un Défi Brahmacharya tout en étant une utilisatrice de Tinder. Je ne plaisante pas.

Qu’est-ce que le Brahmacharya ? Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’univers du Yoga le Brahmacharya est l’un des cinq préceptes éthiques auxquels tout aspirant yogi devrait essayer de respecter afin de progresser sur le chemin de la réalisation de soi.

Selon les anciens yogis, nous devons prêter attention à la façon dont nous abordons la sexualité car il s’agit de l’un des facteurs de distraction les plus puissants sur le chemin spirituel. Les yogis ont élaboré quelques prescriptions ou recommandations sur ce qu’il fallait faire pour surmonter de telles distractions.

Certains disaient que la meilleure chose à faire était tout bonnement de se débarrasser du sexe. Une fois que nous sommes sur le chemin spirituel, nous devons simplement dire adieu au sexe, nous contenter de nous-même et sublimer notre énergie et notre passion dans la méditation. Les yogis ayant suivi ces préceptes se sont en effet enfuis et sont partis méditer au sommet de l’Himalaya ou au beau milieu d’une jungle isolée. Malheureusement, ils ont découvert que fuir les femmes ne signifiait pas fuir le sexe. Ils ont alors réalisé que plus vous cherchez à échapper à quelque chose, plus vos pensées vous y mèneront. Fuir une distraction ne signifie en aucun cas la surmonter.

Il y avait une autre école de pensée qui tendait vers l'autre extrême. Elle disait que la meilleure façon de gérer le sexe était de satisfaire nos désirs. Ils recommandaient donc d’avoir des relations sexuelles de manière libérée pour se rassasier au point de s'en lasser et de ne plus y penser. Mais ces yogis ont fini par être incapables de sortir du monde sexuel qu'ils avaient créé et ont découvert que l'indulgence excessive ne supprime jamais le désir sexuel.

Voici alors le dilemme. Si vous résistez ou luttez contre quelque chose, vous êtes happés par celle-ci ; si vous en faites une surconsommation, vous êtes également pris au piège.

Alors que faire ? Le Brahmacharya prescrit des normes très strictes afin de trouver un terrain d’entente :

  1. Considérez le sexe comme une activité normale du corps.
  2. N’en soyez pas absorbé.
  3. Ne laissez pas votre attention être fixée dessus.

Si vous fuyez excessivement quelque chose, votre attention se concentrera dessus. Si vous vous adonnez de manière excessive à quelque chose, votre attention sera toujours focalisée dessus. Par conséquent, ne faites ni l’un ni l’autre. Ni l’évitement, ni l’excès.

Les anciens yogis croyaient aussi que l’accomplissement spirituel pouvait être trouvée à des niveaux supérieurs de conscience, ce qui vous détournait automatiquement des plaisirs sexuels. Ils prétendaient que la véritable réponse au problème de la distraction sexuelle se trouvait en voyageant à l'intérieur de soi, où la joie et le plaisir sont tels qu'il n'est pas nécessaire de se livrer à des plaisirs inférieurs. Il faut progressivement se tourner vers l'intérieur de soi et atteindre ce niveau supérieur de conscience. Ceux qui atteignent ce niveau ne sont ni distraits ni attirés. Ils considèrent simplement le sexe comme un phénomène biologique.

Le Brahmacharya est souvent traduit comme un vœu de célibat et de chasteté. Cependant, le terme de célibat pourrait ne pas être suffisamment précis pour décrire ce qu'est réellement le Brahmacharya.

Le Brahmacharya signifie que vous vous efforcez d'organiser votre Être de manière à ce que votre joie, votre amour et tout ce dont vous avez besoin soient en vous. En conséquence, vous passez du statut d'être humain compulsif, guidé par la luxure et de fortes pulsions sexuelles à celui d'être humain conscient qui choisit de se connecter à un autre être à travers un rituel sacré.

Très bien, continuons. Concrètement, comment ai-je réussi à concilier Tinder avec mon Défi Brahmacharya ?

Évidemment, lorsque je discutais avec des hommes ou que je me rendais à un rendez-vous à un ou « casting », comme j’aimais parfois le nommer, je disais que j’étais sur cette application de rencontres pour « élargir mon cercle social et éventuellement voir où les choses pourraient me mener en cas d'affinité ou d'alchimie ». (En d’autres termes, cela signifiait que je ne cherchais rien de particulier, mais si la personne cochait toutes les cases, banco !)

Il me venait rarement à l'esprit de devoir préciser que j'étais célibataire ascendante Brahmachari. Ce n'est que si j'étais contrainte de le faire, et après plusieurs rencontres que je révélais que j’étais non seulement célibataire mais pratiquant la chasteté. Je devais certainement paraître comme l'ennemi public numéro un pour un type qui voulait juste s'envoyer en l'air.

Je suis un monstre. Et alors ? Poursuivez-moi en justice !

En vérité, comme je l'ai déjà révélé, j'étais là pour ma pratique spirituelle, c'est-à-dire que mon objectif principal était d'apprendre à me connaître à travers mes interactions avec les hommes. Mon intention était de les connaître d'abord sur le plan de l'amitié avant de les considérer comme des partenaires potentiels. J'avais pour objectif d’établir des limites saines que je n'avais jamais eues auparavant et de m'entraîner à savoir dire « non ». Le sexe était bien loin, tout en bas de ma liste, pour ne pas dire une option inexistante. Et devinez quoi ? Cela m’a procuré un bien-être considérable !

Grâce au Défi Brahmacharya, j'ai entièrement changé ma perception du monde des rencontres.

C'est devenu un lieu de connexions, exempt de déception, de frustration et de désespoir ; un lieu où je pouvais être aussi libre que je ne l'ai jamais été et le serai jamais, où je pouvais me prioriser.

En fin de compte, je crois que j'étais là pour me libérer de la préconception selon laquelle trouver quelqu'un est la chose la plus importante au monde. C'est l'un des plus grands cadeaux que je ne me sois jamais fait à moi-même.

Mais, hey ! Je suis également éternellement reconnaissante pour les hommes formidables que j'ai rencontrés sur Tinder. D'une manière ou d'une autre, ils m’ont tous aidée dans mon processus de guérison.