May 23, 2026
Comment voyager m’a transformée pour le mieux
Les enfants, voici l’histoire de comment j’ai rencontré votre père. Cette histoire est assez longue à raconter, alors ouvrez grand vos oreilles !
C’était à l’époque où je vivais à Mumbai. Oh, en fait, ce n’est pas exactement l’histoire de comment j’ai rencontré votre père. C’est l’histoire de comment je suis partie en voyage au Sri Lanka deux fois en l’espace d’une semaine et la leçon inestimable dont j’en ai tiré.
Parfois, la vie ne se déroule pas toujours comme nous le souhaitons.
Et cela est bien ainsi. Laissez-moi vous expliquer.
Tout d’abord, quelque chose que vous ne savez peut-être pas à mon sujet, c’est que j’adore voyager. Mon expérience en tant que globe-trotteuse m’a transformée pour le mieux. Cela m’a aidé à sortir de ma zone de confort, à découvrir d’autres cultures et, essentiellement, à réaliser que nous ne faisons qu’un… Enfin, nul besoin de croire à mes foutaises spirituelles New Age. Ce que je voulais dire, c’est que même si la différence est l’essence-même de l’humanité, nous sommes tous pareils. Nous pouvons manger des plats différents, vivre dans des lieux différents, avoir des nationalités et une couleur de peau différentes, mais au fond, nous cherchons tous la même chose : le bonheur.
Pour moi, voyager a été une expérience de vie absolument transformatrice. Cela a changé ce que je suis, jusqu’au plus profond de mon être.
J’étais de ces personnes totalement dépourvues d’assurance en société, minée par l’insécurité et qui craignais le monde extérieur. J’avais aussi pour fâcheuse habitude de succomber à mon envie de paresser à la maison. Voyager seule m’a offert une formidable opportunité de réinventer mon identité et d’être libérée des nœuds que j’avais en moi, sans crainte d’être jugée.
J’ai repoussé mes limites, j’ai déménagé dans de nouveaux endroits sans connaître âme qui vive, j’ai eu le courage de prendre des décisions audacieuses (comme de prendre un vol de Genève à San Diego pour assister à un séminaire de seulement 5 jours), je me suis mise dans des situations inconfortables (comme survivre à un trajet de bus de 6 heures dans une région reculée d’Indonésie, puis atterrir à 2 heures du matin dans un endroit inconnu sans aucune réservation d’hébergement au préalable), j’ai goûté aux insectes et autres délices culinaires. Peu importe. Vous l’aurez compris. Mon caractère a été réellement mis à l’épreuve sur ces « routes moins fréquentées ».
De plus, explorer le monde m’a appris à apprécier les petites choses que nous tenons pour acquises. D’ailleurs, certains de mes meilleurs moments de voyage ne sont pas liés à des aventures folles. J’ai découvert que je pouvais être une fille simple qui apprécie les petits plaisirs de la vie : déguster une tasse de thé bien chaude après une randonnée hivernale au Népal, trouver inopinément du papier toilette dans ma chambre d’hôtel à Chennai, faire une baignade dans l’océan et assister à un sublime coucher de soleil à Los Angeles…ou bien passer quelques jours dans un endroit luxueux après avoir marché 280 km, de Porto à Saint-Jacques-de-Compostelle. Après tout, les petits plaisirs simples de la vie sont un concept relatif.
Les enfants, l’une des choses que vous devez savoir sur les avantages de voyage, c’est que vous n’arrêtez jamais de vous connaître vous-mêmes.
Il doit certainement y avoir plus d’une histoire sur comment j’ai rencontré votre père que je pourrais vous raconter. Mais je voudrais me concentrer sur cette anecdote particulière sur comment je suis devenue ce que je devais être avant de pouvoir le rencontrer.
L’histoire commence à Mumbai. J’y habitais déjà depuis un an, apprenant la philosophie du yoga et suivant divers cours de thérapies alternatives. Pour des raisons de visa, il fallait que je sorte du pays. Étant donné que je vivais avec un budget serré, j’ai opté pour le Sri Lanka, la destination la moins chère près de l’Inde. Veuillez noter cette information, car elle va jouer un rôle majeur dans la suite du récit…
J’ai entendu dire que nous ne devons jamais sous-estimer le pouvoir du destin car quand on s’y attend le moins, la chose la plus infime peut avoir d’immenses répercussions qui finissent par bouleverser votre vie. Et c’est précisément ce qui s’est passé lors de mon voyage à Colombo. Des petites choses infimes. Peut-être était-ce parce que j’avais décidé de prendre un casse-croûte avant de me rendre à l’aéroport et que j’ai perdu la notion du temps. Ou peut-être parce que je m’étais retrouvée piégée dans les affreux embouteillages de Mumbai. Ou peut-être parce que le rickshaw que j’avais loué a soudainement pris un virage inattendu et que nous nous sommes perdus. Ou peut-être parce qu’après avoir pris ce virage, le rickshaw s’était retrouvé coincé derrière un camion pendant ce qui a semblé une éternité. Peut-être était-ce toutes ces petites choses combinées. Qui sait quand le destin vous joue des tours ?
Quel a été le résultat ?
J’ai manqué mon vol. Je suis arrivée au guichet de l’aéroport 5 minutes après sa fermeture. Terrible déception. Le personnel de l’aéroport ne voulait faire aucune exception. Pas cool du tout. Nul besoin de préciser que j’étais dévastée. Mais j’ai fini par rassembler toutes mes connaissances sur le yoga pour rester calme et équilibrée pendant cette mésaventure. Je ne tenais pas à ce que mon amour pour le voyage se ternisse, alors je me répétais sans cesse :
« Rien n’arrive par hasard. Tout arrive pour une raison ». Destin, soit, je ne suis pas offensée.
J’ai donc acheté un autre billet d’avion pour le lendemain. Un aller simple. J’avais la brillante idée que cela m’aiderait à économiser de l’argent. Très vite, j’ai atterri au Sri Lanka et j’ai pleinement profité de mon séjour — jusqu’à mon retour à l’aéroport de Colombo. Cette simple déclaration vous provoque-t-elle une sensation d’angoisse immédiate ? Ou, peut-être pensez-vous : « Bon sang, n’a-t-elle donc rien n’appris la première fois ?! ».
J’avais appris ma leçon. Je suis arrivée « biiiien » plus tôt à l’aéroport — parmi les premières personnes à l’enregistrement des bagages ! Cela n’a fait aucune différence. Je n’ai pas tardé à découvrir que mon premier billet avait été annulé parce que je n’avais pas embarqué à temps. Je n’avais donc pas de billet de retour pour Mumbai et on m’a dit que ma seule alternative était d’acheter un autre billet. Vous pouvez imaginer ma tête à cet instant-là.
Je me suis retrouvée dans un état émotionnel très fort, comme si je faisais face à quelque chose qui mettait ma vie en danger. En plus de cela, je n’avais aucunement envie de payer pour un autre billet. Souvenez-vous-en, cela était censé être la destination la moins onéreuse. Mes projets étaient complètement chamboulés ! Alors que je me résignais à accepter l’inévitable, en présentant ma carte bancaire à l’employé de l’aéroport, au ralenti, espérant qu’elle ne la prendrait pas, quelque chose de surprenant s’est passé.
Non, personne n’est venu me sauver, me donner la somme d’argent exacte dont j’avais besoin, ou me réconforter parce que je pleurais toutes les larmes de mon corps. Ce qui s’est passé, c’est que je me suis rendue compte de ma réaction habituelle dans ce genre de situations : me blâmer, jeter la faute sur moi, penser « je suis complètement stupide » parce que je ne savais pas que j’aurais dû réserver un billet aller-retour après avoir manqué un vol. J’ai amalgamé tout cela avec des sentiments de culpabilité de ne pas avoir pris la bonne décision. J’étais très dure envers moi-même, même si la plupart des événements qui m’avaient successivement amenée à cet endroit précis étaient hors de mon contrôle.
Pour la première fois de ma vie, malgré le stress, la situation accablante, et le fort sentiment d’impuissance, j’ai vraiment découvert comment je me sentais réellement quand les choses dégénéraient.
J’ai pris conscience de moi-même.
Le plus drôle, c’est que lorsque nous connaissons nos faiblesses, elles cessent d’être des faiblesses.
Un peu plus tard, assise dans un coin de l’aéroport, j’ai continué à m’appesantir sur mes émotions, et je me suis soigné intérieurement. Rien n’arrive par hasard. Ici, cette mésaventure m’était arrivée pour me montrer le chemin étroit vers une guérison émotionnelle. Mes compétences d’introspection acquises grâce à la méditation que j’ai appliquées à ma vie quotidienne, à cette occasion, se sont révélées essentielles. À cet instant précis, une possibilité de m’accepter pleinement s’est ouverte devant moi.
Tant de leçons peuvent être apprises grâce aux voyages.
Le plus souvent, les leçons surviennent au moment le plus inopportun, bien évidemment. Parfois on apprend qu’il n’y a pas vraiment d’erreurs en soi, juste un moyen de découvrir quelque chose à propos de soi-même. D’autres fois, on apprend que les voyages sont chargés d’imprévus ; que la vie peut nous jouer des tours, et que les choses peuvent ne pas se dérouler comme prévu. Mais quelles que soit la leçon que l’on en tire, on finit par grandir et évoluer.
Voilà l’histoire de comment je suis devenue une yogi moderne aguerri, l’histoire de la façon dont je suis devenue plus bienveillante avec moi-même et comment j’ai pratiqué l’acceptation de soi. Et cela, mes chers enfants — même si mon compte en banque dirait le contraire — n’a pas de prix.